30/05/2016

D’où vient son supplément d’âme qui aimante ses visiteurs, qu’ils viennent pour la première fois escalader ses sept collines ou qu’ils retournent longer, quietinhos (tranquilles), les rives d’un Tage bientôt océan ? Lisbonne a quelque chose d’ensorcelant : une lumière particulière la traverse, que même les scientifiques ont du mal à expliquer. Mais l’alchimie naît aussi de la torpeur de petits quartiers historiques (Santos-o-Velho, Bica, Santa Marta…), qui côtoie de manière improbable l’agitation digne d’une agglomération de près de 3 millions d’habitants, mais aussi de très agréables plages (Carcavelos) et un parc immense (Monsanto). Il faut se perdre dans Lisbonne, l’épier depuis un café pris dans un kiosque, oser entrer dans ses petits restaurants…

Le centre historique culmine dans l’agréable Largo de Camões, la (très) commerçante rua Garrett jouxtant le chic Chiado, puis le long de la luxueuse avenida da Liberdade. Plus au nord encore, autour de la praça do Marquês de Pombal et tout au long de l’avenida da Républica, c’est la capitale moderne, pressée et tertiaire, qui se fait jour : il est presque surréel de la découvrir après plusieurs jours passés à parcourir la Lisbonne des "vies de quartiers". Son relief et son urbanisme inconstants offrent une multitude de points de vue, horizons qui se dégagent au détour d’une rue et qui permettent d’embrasser d’un regard les formes et couleurs renouvelées des azulejos recouvrant les façades de la ville. On recommande le coucher de soleil au miradouro da Senhora do Monte : pour s’y rendre, en profiter pour emprunter l’iconique ligne 28E d’un réseau de tramway lisboète en service depuis 1901 ou y monter au détour d’une balade dans la flore surprenante du jardim da Estrela.

La Baixa dénote par son absence de relief et son plan en damier. La ville basse, qui réunit les rares grandes places de la ville (Restaudores, Rossio et Figueira), ne ressemble pas à Lisbonne : reconstruits après l’illustre tremblement de terre de 1755, ses imposants édifices recouvrent d’ombre, tôt dans la journée, les vendeurs de marrons chaud, commerçants et employés qui habitent ses rues. La vaste praça do Comercio, qui s’ouvre de manière lumineuse sous l’arc de triomphe de la rua Augusta, fait office de centre géographique de la ville, et le toit de l’élégant ascenseur de Santa Justa donne une vue d’ensemble saisissante. La Baixa est dominée par deux collines : sur celle à l’ouest, trône le Bairro Alto (littéralement, le "quartier haut"). Ses pavés irréguliers et façades souvent décaties sont surtout célèbres pour la vie nocturne qu’ils abritent. Les Lisboètes, qu’on dit les plus "sort-tards" d’Europe, commencent en effet leur nuit (à 23 h !) dans les bars du Bairro Alto, avant de descendre plus près du Tage, à partir de Cais do Sodré. En journée, préférez les rues de Sao Bento.

Sur la colline de l’est, à partir de la cathédrale ("Sé") et sur les pentes du château São Jorge, c’est l’âme de la ville : le quartier de l’Alfama. Dédale de bicas (ruelles), d’escadinhas (petits escaliers) et de petites places inattendues, ce quartier à la fois populaire et très fait le spectacle. Au printemps, en particulier, le soleil déjà brûlant et les parfums de fleur d’oranger forment une oasis déconcertante. À pied, il faut y repérer des palais, des représentations superstitieuses au-dessus des portes, des chafarizes (fontaines) et les anciennes murailles de la ville…

Loin de là, à Belém, après le pont suspendu rappelant inévitablement San Francisco, Lisbonne offre une toute autre facette : celle de l’antique capitale prospère d’un Empire mondial, point de départ d’explorations inédites et audacieuses à travers le monde (y rêver dans le musée de la Marine). L’orgueil du style manuélin (ne pas rater le cloître du monastère des Hiéronymites) en est un raffiné témoin. Pourquoi ne pas découvrir Lisbonne en longeant les brumes matinales du Tage, en partant de la tour de Belém, métaphore à elle seule de la gloire et de l’aventure passées ?

"Jusqu’à ce que la dette nous sépare", est-il écrit ironiquement sur le mur de la LX Factory, centre créatif ayant pris ses aises en 2012 sur les ruines d’une vaste aire industrielle… Une autre époque ! Comme un clin d’œil au détachement légendaire de ses habitants, à la fois fatalistes et audacieux, Lisbonne semble, depuis l’Expo universelle de 1998 et la mini-ville nouvelle qu’elle a engendrée (le parque das Nações, y voir le fameux oceanarium), jouer la carte de la réinvention permanente avec l’aisance de celle qui en a vu d’autres.

Ne pas hésiter, donc, à sortir du centre historique pour ressentir les nouveaux sursauts de la ville. Partez à la recherche des entrepôts d’un quartier Marvila désindustrialisé et en cours de gentrification, et des graffs et pochoirs de Vhils, le plus célèbre street artist portugais, ou arpentez la Mouraria, voisine maure de l’Alfama, est en pleine réinvention : ne s’y cacheraient pas les secrets les plus intimes de la capitale du Portugal ?

Le plus Comptoir des Voyages

Rencontrer un de nos Greeters qui habite la ville, il partagera avec vous, le temps d’un verre, son expérience de lisboète.

Nous on adore

Siroter un verre de ginjinha dans le mini-bar du même nom pour se donner de l’énergie avant de grimper les rues pentues de la ville.

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