Nos coups de cœur dans le sud-ouest américain

21/12/2014

MESA VERDE NATIONAL PARK

Attaquez tôt le site très fréquenté de Mesa Verde National Park, classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Entre Cortez une dizaine de miles à l’ouest et Durango une quarantaine à l’est, ce plateau couvert de forêts et perché à 2600 mètres d’altitude, domine les environs de 600 mètres. Depuis le 8e siècle, il cache dans les flancs de falaises de ses canyons, les vestiges mystérieux du plus bel ensemble architectural précolombien des Etats-Unis : maisons troglodytiques, maisons à étages, terrasses, tours, kivas, temple inachevé, villages complets, tout ça découvert par hasard par deux cow-boys à la recherche de vaches égarées...

Malgré le monde en saison, on reste saisi par l’ambiance de monde disparu et la beauté des lieux. Les principaux sites se trouvent le long d’une route se divisant à partir du secteur du Far View Lodge, en deux boucles visitant chacune une mesa. Spruce Tree House, proche du Chapin Mesa Archeological Museum, est le plus facile d’accès. Attention, les principales ruines (Cliff Palace, Balcony et Long Houses), qui sont les plus spectaculaires mais dont l’accessibilité est limitée si vous avez des difficultés de déplacement, ne se visitent qu’en groupe et guidées (en anglais) par un ranger.

Etant contingentées, elles font de surcroît l’objet d’un ticket supplémentaire à acquitter au Visitors’ Center. Vous avez donc tout intérêt à être présent dès son ouverture si vous voulez visiter les ruines de l’intérieur et ne pas vous contenter des points de vue panoramiques depuis la route les surplombant. Vous pénétrerez ainsi de plain pied dans le monde disparu des "cliff-dwellers" qui hantaient autrefois les lieux, même si les échelles sont aujourd’hui en fer et les escaliers aménagés sommairement…

La route de Chapin Mesa permet de voir Cliff Palace le plus grand site, Balcony House et Square Tower. Celle montant à Wetherill Mesa dissimule Step House, Kodak House et Long House. Si vous avez le temps Mesa Top Loop Road aligne des sites plus tardifs construits sur le plateau sans doute quand les Anasazis n’ont plus craint que le ciel ne leur tombe sur la tête… On aperçoit les jours de grande visibilité les formes caractéristiques du vaisseau fantôme de Shiprock dominant la steppe du Nouveau Mexique dans le sud lointain. 

Le parc est ouvert toute l’année, mais difficile d’accès de mi-octobre à mi-mai en général. Si vous voulez loger dans le parc, il n’y a qu’un camping et le Far View Lodge, fermés l’hiver. Confortable sans plus, certains regretteront l’absence de télé… En revanche, quel bonheur d’avoir une vue à l’infini depuis son balcon et d’être à pied d’oeuvre pour visiter tôt le matin ou tard le soir une fois que les autocars sont redescendus dans la vallée…Cortez n’a rien d’exceptionnel, aussi on privilégiera Durango si l’on souhaite de l’animation. 

GREAT SAND DUNES NATIONAL PARK & PRESERVE

Environ 40 miles à l’est d’Alamosa où se trouvent plusieurs hôtels, ce parc national protège une belle étendue de dunes géantes atteignant en moyenne 200 mètres de haut. Nichées au pied de la chaîne Sangre de Cristo culminant au Mont Blanca, le quatrième de l’état avec 4303 mètres, elles composent un splendide premier plan aux airs de mini Sahara au fond de montagnes souvent enneigées. 

Le sol de l’immense San Luis Valley est recouvert d’une épaisse couche de sable stabilisée par la végétation. L’érosion éolienne surtout a fourni le sable, sombre des San Juan Mountains à l’ouest, clair des Sangre de Cristo à l’est, les eaux des torrents l’ont charrié, et les vents dominant l’ont stocké au pied des Sangre sans pouvoir l’emmener plus loin.

Elles sont vieilles de plus de 15000 ans. Il y a une belle balade à faire les pieds dans le sable si vous avez le temps et le courage de passer le Medano Creek, très souvent à sec en été, pour grimper la High Dune ou la Star Dune pour avoir une vue panoramique et plongeante mais surtout emportez à boire et attention aux coups de soleil, la réverbération étant intense. Le parc est une excellente introduction à la flore et la faune du désert, ainsi qu’au phénomène des dunes. On y voit même des skieurs surfant sur le sable !

Pour l’anecdote, la portion de la route 17 montant au nord d’Alamosa est considérée comme la plus longue ligne droite des Etats-Unis. Juste à l’ouest du parc dans un secteur d’étangs, refuges d’oiseaux migrateurs selon les saisons, le Zapata-Medano Ranch, site historique d’un ancien relais de diligence, élève bisons et wapitis domestiques qu el’on peut approcher à cheval. 

Les Zapata Falls offrent un joli site de pique-nique 5 miles au sud du parc avec de belles vues sur la vallée au bout d’une route caillouteuse et d’un court (1,5km) sentier pentu. Les chutes d’eau sont alimentées par les névés et il y a souvent de la glace dans les zones d’ombre et avec la vaporisation les pierres sont très glissantes. On en profitera aussi pour s’arrêter plus à l’est au très photogénique Fort Garland jadis commandé par Kit Carson et dont les constructions en adobe datent de 1858.

CRIPPLE CREEK et le PIKE’S PEAK

Le Pike’s Peak toise les Hautes Plaines du haut de ses 4301 mètres dominant la Front Range et Colorado Springs. Il porte le nom du lieutenant Zebulon Pike, un explorateur de l’armée américaine qui en 1808 renonça devant la difficulté de l’ascension.

Aujourd’hui on y monte avec un train à crémaillère, le Cog Railway dont la gare se trouve à Manitou Springs. Sorti d’un magasin de modèles réduits, financé par Zalmon Simmons, le magnat du matelas à ressorts, il fit son premier trajet en 1891. Les premières locomotives fonctionnaient à la vapeur, inclinées pour que la chaudière reste horizontale malgré la pente, et elles redescendaient en marche arrière. Aujourd'hui les wagons de fabrication helvétique suisse grimpent, tel un funiculaire, le flanc sud-est du Peak. On a le temps d'observer le paysage alors que la route enfile elle, virage sur virage sur plus de vingt kilomètres. Chaque année, elle est le théâtre d’une course de côte automobile très réputée dont Sébastien Loeb himself détient le record depuis 2013 et même d'un marathon... Bien sûr, si vous avez le mal des montagnes, abstenez-vous !

À l’ouest du colossal Pike’s Peak, l’ancienne ville minière de Cripple Creek est née avec la Ruée vers l’Or de 1858. Aujourd’hui elle ne résonne plus des bruits des wagonnets des mines d’or, mais des cliquetis des roulettes et machines à sous des casinos. Ceux-ci n’ont rien à voir avec Las Vegas. Occupant les anciens immeubles victoriens retapés, on y trouve toute l’animation et les distractions d’une petite station touristique. 

On pourra lui préférer Victor un peu plus haut perchée encore, bien plus petite et qui a gardé un jus beaucoup plus authentique. Sans aucun apprêt touristique, c’est quasiment une ville fantôme aux heures creuses. Les deux localités sont reliées par le très fréquenté autant qu’amusant Cripple Creek & Victor Narrow Gauge Railroad de mai à octobre. Ce minuscule train à vapeur ressemblant plus à un gros jouet part toutes les 40 minutes de la vieille gare de 1894 de Cripple Creek en ne mettant que 45 minutes pour faire les 4 miles aller retour. 

BANDELIER NATIONAL MONUMENT

Environ 50 miles à l’ouest de Santa Fe, une douzaine au sud-est de Los Alamos, les falaises du beau canyon de Frijoles sculpté dans l’épais tapis de cendre volcanique du Pajarito Plateau, abritent les ruines de deux types d’habitat indien : des pueblos construits au pied des parois postérieurement aux grottes troglodytiques creusées dans la roche accessibles par de pittoresques échelles, habitées sans doute par les Anasazis quand ils avaient encore peur que le ciel ne leur tombe sur la tête... Avec son maquis sauvage et ses chutes d’eau, c’est un très joli site qui doit son nom à son découvreur, l’anthropologue suisse Adolph F.A. Bandelier qui a consacré sa vie au patrimoine archéologique de la région dès les années 1880. Tsankawi, onze miles au nord sur la NM4, est un site annexe non exploité avec plus de 350 pièces.

CHACO CULTURE NATIONAL HISTORICAL PARK

Voici l’un des sites précolombiens les plus fascinants de tout le sud-ouest américain. Gigantesque, coeur d’un complexe habité du VIIIe au XIIIe siècle, ce fut le carrefour spirituel et commerçant des Anasazis, classé aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sa situation perdue en plein désert au bout de méchantes pistes lui vaut une faible fréquentation qui ajoute aux mystères du lieu, spectaculairement niché au pied des mesas à escalader pour de superbes vues panoramiques.

On a dénombré six villages originels mais à son apogée, la région en comptait 75, reliés par plus de 400 miles de routes rejoignant notamment les sites d’Aztec et de SalmonPueblo Bonito est le site le plus grand et le plus connu du complexe. Il contenait plus de 600 pièces et 40 kivas réparties sur 4 niveaux.

Quand vous saurez qu’encore aujourd’hui ses ruines sont toujours sacrées pour les tribus du secteur, vous regretterez de ne pas avoir relu Le Clézio ou Hillerman avant de venir… Grimpez au Pueblo Alto au sommet de la mesa pour une vue imprenable. Le must est de camper sur place mais il faut tout amener à moins de passer par un outfitter local.

LINCOLN

Arpentez la Main Street extraordinairement bien préservée de Lincoln, ville entièrement classée par l’état comme State Monument. C’est ici que s’illustra Billy The Kid lors de la guerre du comté de Lincoln dans les années 1878-1881. Au County Historical Center on constate que la légende s’est emparée très vite de l’histoire locale. On y voit les photos des acteurs ayant incarné le célèbre outlaw à l’écran comme Paul Newman ou Val Kilmer.

Le Tunstall Store est un saisissant come-back dans le passé tourmenté de cette époque. Rien n’y a bougé depuis près d’un siècle. Au County Courthouse, reconstituez l’évasion sanglante de Billy qui abattit dans sa fuite deux de ses gardiens.

Les murs gardent toujours la cicatrice des impacts de balles… On peut lire aussi les lettres du gouverneur Lew Wallace à Billy qui, pendant qu’il écrivait "Ben Hur" avait offert l’amnistie au bandit finalement abattu par le shérif Pat Garrett le 14 juillet 1881 à Fort Sumner beaucoup plus au nord. Lui-même tomba aussi sous les balles dans des circonstances jamais élucidées en 1908 du côté de Las Cruces. Chaque fin août lors des Old Lincoln Days, la représentation de "The Last Escape of Billy the Kid" est donnée depuis 1949.

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