Les parcs de l'Utah et de l'Arizona

27/12/2014

Bienvenue au pays de Kokopelli, le joueur de flûte des Anasazis, peuple amérindien du sud-ouest américain, qui va emporter vous dans les plus grands paysages de l’ouest américain égrenés au long de la frontière entre Utah et Arizona traversée par le grand Canyon du Colorado et le lac Powell. Une région a été bénie par les grands manitous du tourisme …

Grâce à sa géographie et sa géologie off-limits, elle offre une collection sans pareil de chefs d’œuvre naturels à la démesure de l’Amérique qui a marqué notre imaginaire. Rien qu’en Utah, vous trouverez cinq parcs nationaux : Arches, Canyonlands, Bryce Canyon, Capitol Reef, Zion. Vous pourrez découvrir également sept monuments nationaux, deux zones de récréation nationale et six forêts nationales composent avec Monument Valley, le Painted Desert, Petrified Forest et le Canyon de Chelly parmi les merveilles de l’Arizona. Ce gigantesque décor rougeoyant du plateau du Colorado regorge de sites précolombiens encore mystérieux. Plus tard Navajos et Apaches, les Mormons ou la Horde Sauvage de Butch Cassidy entreront à leur tour dans la légende de l’Ouest bien avant que la Route 66 n’y soit tracée.

Grand Canyon National Park, Arizona

Le Grand Canyon est l’un des sites les plus spectaculaires de la planète. Venez vous rendre compte par vous-même sans oublier qu’un canyon a une rive droite et une rive gauche… 99,99% des touristes se contentent de la rive gauche ou South Rim. C’est déjà très bien mais on doit vous avouer que l’on a une grosse faiblesse pour le North Rim. On vous en dit un mot plus loin car c’est sur la rive sud, beaucoup plus accessible et facile à insérer dans un itinéraire classique, que se concentrent le plus grand nombre d’infrastructures.

Le fleuve est responsable de la profondeur du canyon griffée de multiples entailles adjacentes, creusées en 10 millions d’années. Mais c’est surtout à l’érosion éolienne ainsi qu’aux différences de température que l’on doit sa largeur. Toute l’histoire géologique de la planète se raconte en strates successives à perte de vue étageant les variétés climatiques et fauniques correspondantes, du désert à la montagne. On aperçoit le secteur nord, plus élevé, ouvert de mai à octobre à mai seulement assez différent à seulement 17 km à vol d’oiseau mais à près de 400 km par la route…

Toute l’animation du South Rim est concentrée soit à Tusayan, le village juste à l’entrée sud du parc, soit à Grand Canyon Village. Tusayan regroupe une bonne poignée de motels et de restaurants avec aérodrome, héliport et cinéma IMAX dont les films sur écran géant sont une excellente introduction à ce formidable paysage. On y dort quand on pas trouvé de place à Grand Canyon Village ou que l’on veut être tôt dans son avion ou son hélico aux vols plus stables et offrant une meilleure visibilité, à condition de ne pas être assis au milieu...

Car c’est quand même des airs que l’on apprécie le mieux le gigantisme du Grand Canyon. L’avion permet des combinaisons avec d’autres sites (Lake Powell, Monument Valley), notamment au départ de Las Vegas, faisant gagner un temps précieux à ceux qui ne veulent pas conduire.

Le Grand Canyon Village du South Rim, à la fréquentation estivale exacerbée, regroupe les hôtels du parc, mais aussi boutiques, épiceries, campings, buanderies etc. Le rustique autant que sophistiqué El Tovar, classé monument historique construit en 1905, est le plus proche de la faille. Il doit se réserver des mois à l’avance tout comme sa table très cotée. Non loin, l’antique gare en rondin de 1910, terminus du Grand Canyon Railway.

Les autres hébergements, même si le bâtiment principal du Bright Angel Lodge (le meilleur bar avec celui de l’El Tovar) date de 1935, n’ont pas autant de caractère. Seul leur habillage de bois les différencie un tant soit peu d’un motel américain classique. On peut jeter un coup d’œil au Kolb Studio de 1904. C’est aujourd’hui une galerie d’art. La Hopi House, en face de l’El Tovar fut conçue par Mary Elizabeth Jane Colter, la grande architecte du Grand Canyon qui s’inspira du style pueblo.

A leurs pieds, la Rim Trail, est le sentier pédestre bien balisé qui permet d’apercevoir le fleuve coulant très loin en contrebas depuis les points de vue aménagés. Il vaut mieux éviter d’en sortir car chaque année, des imprudents dégringolent dans l’abîme en glissant sur la terre meuble… De Yavapai Point, face au Temple de Vishnu, on aperçoit le pont suspendu traversant le Colorado installé en 1928 par les Havasupai pour rejoindre Phantom Ranch. Vous saurez tout sur la création du Grand Canyon au Yavapai Geologic Museum.

Pour les plus sportifs, la Bright Angel Trail, le chemin de muletier, et la South Kaibab Trail descendent jusqu’en bas via Phantom Ranch,  avant de remonter sur le versant nord... Pour y dormir, il faut réserver quasiment une année à l’avance.

Vers l’ouest

Des services de bus gratuits desservent le parc national, notamment la West Rim Drive qui monte à Hermit’s Rest à l’ouest du village et qui est interdite aux voitures de mars à novembre. Offrant une série de panoramas sidérants, elle est bien moins fréquentée. Maricopa Point offre une vue à 360° quasi parfaite au dessus du canyon avec les temples de Brahma et de Zoroastre. On passe ensuite le site de Orphan Mine, une ancienne mine d’uranium pour aboutir à Powell Point où un mémorial rend hommage à John Wesley Powell et sa petite troupe. A Hopi Point, on voit le Colorado couler en contrebas de Plateau Point mais, on a du mal à imaginer que sa largeur dépasse les 100 mètres ! A Pima Point, on distingue très bien les Granite Rapids. Hermit’s Rest marque le terminus de la route et le point de départ de la Hermit Trail, un sentier descendant jusqu’au Colorado marqué par les remous du Hermit Rapid, au bout de 14 miles de marche.

Vers la sortie est

L’East Rim Drive, au-delà de Yavapai Point décrit plus haut, se fera mieux en voiture. Au sud de la route, Tusayan Ruin est un site anasazi occupé jusqu’au 12e siècle. Il reste peu de chose. C’est néanmoins grâce à lui que Théodore Roosevelt décida de protéger le Grand Canyon. Il y aurait plus de 2000 sites de ruines précolombiennes dans la région du Grand Canyon… Un petit musée présente de remarquables figurines vieilles de 4000 ans. A Desert View, à l’est du village, vous atteignez le point le plus élevé de la route à près de 2300 mètres à hauteur de la confluence du Colorado et du Little Colorado qui reste invisible. Dernier site remarquable avant la sortie est du parc, la Desert View Watchtower, dessinée par Mary Jane Colter en 1932 imite une tour de guet de style anasazi bien que son armature soit en acier.. Tout ça pour une boutique de souvenir ! Classée National Historic Landmark, elle illustre la manière dont le parc a été paysagé par l’équipe de Fred Harvey.

Canyon de Chelly National Monument, Arizona

Au cœur de la réserve navajo dans le nord-est de l’état, le canyon de Chelly, et le canyon del Muerto adjacent juste au nord, sont le sanctuaire du Diné, le peuple, comme se désignent eux-mêmes les Navajos. A peu près à mi-chemin entre Window Rock, la capitale de la réserve, et Monument Valley, il éventre le Defiance Plateau au pied des Chuska Mountains à cheval sur la frontière du Nouveau Mexique.

Ses gorges abritent des ruines indiennes remontant parfois jusqu’au 4e siècle, nichées dans des grottes à flanc de falaise, ou au pied de gigantesques parois rocheuses striées de traînées d’oxydation bleutée. Des hogans se détachent sur le fond verdoyant du canyon où les bergers laissent paître leurs moutons dominés par l’immense aiguille de Spider Rock (230 mètres), site de la légende sacrée de Spider Woman.

Cet endroit unique dégage un charme envoûtant, amplifié par l’histoire des affrontements mettant aux prises Navajos et Espagnols comme en témoignent des pétroglyphes montrant des cavaliers coiffés du typique morion, puis l’armée américaine. C’est en effet ici, qu’en 1864, les indiens, affamés, se rendirent au légendaire Kit Carson qui s’était contenté de les assiéger, avant de partir en captivité lors la Longue Marche jusqu’à Bosque Redondo, au Nouveau Mexique. Des excursions d’une demi-journée ou à la journée complète, permettent d’approcher, par le fond du canyon, des ruines indiennes souvent invisibles depuis les points de vue aménagés le long des routes panoramiques qui surplombent chacun des deux canyons et qui sont libres d’accès.

Les plus courageux descendront jusqu’aux ruines de White House dans un site spectaculaire avec ses ruines doubles qui se découvrent derrière la végétation. Pensez aussi que remonter les 200 mètres de dénivelé vous prendra plus de temps. Il faut compter deux bonnes heures sans se presser et emporter à boire. Attention aux orages en période estivale qui peuvent noyer à toute vitesse le Chinle Wash arrosant le canyon, les vagues pouvant tout emporter sur leur passage…

C’est le seul site du fond du Canyon accessible librement. Ailleurs, il faut demander un permis. Hormis quelques hôtels à Chinle, le village le plus proche est à deux miles, l’hébergement sur place se limite au Sacred Canyon Lodge, qui bien que remontant à 1896 est conçu comme un motel habillé d’adobe. On peut aussi faire des balades à cheval, voire dormir dans un vrai hogan au Spider Rock Campground, un camping privé. Le Cottonwood Campground du parc est à côté du Visitor Center.

Une trentaine de miles au sud de Chinle, à Ganado, on ne manquera pas le haut en couleurs Hubbell Trading Post classé monument historique. John Lorenzo Hubbell le fonda en 1878, dix ans après que les Navajos aient été autorisés à revenir habiter leurs terres ancestrales après leur terrible exil à Bosque Redondo où ils découvrirent l’art de la tapisserie. Ils vous en font d’ailleurs la démonstration sur place mais le résultat atteint des prix de petits Picasso… Attention, de mai à octobre, la région est à l’heure du Nouveau Mexique et non pas à celle de l’Arizona. Pensez-y pour votre arrivée à l’hôtel et le service au restaurant ou si vous avez réservé une excursion.

Monument Valley, Arizona - Utah

La Vallée des Rochers, Tse' Bii' Ndzisgaii en navajo, est située sur la plus grande réserve indienne des Etats-Unis, et qu’elle est indissociable de l’histoire des Navajos. Connue du monde entier grâce aux westerns de John Ford qui employaient les Indiens comme figurants, la steppe aride de Monument Valley, à cheval sur la frontière séparant Arizona et Utah, est semée d’énormes monolithes de grès rouge, à des degrés divers d’érosion. Ses mesas, buttes, aiguilles, arches, dunes aux profils changeant selon votre position et aux couleurs variant selon la lumière incarnent l’Ouest par excellence. C’est un site extraordinaire, emblématique, porteur de mythe.

Comme Monument Valley est un parc tribal, et ne fait pas partie du système des parcs fédéraux américains, vous devrez acquitter un droit d’entrée qui n’est donc pas inclus dans le pass America The Beautiful.

La piste circulaire, jalonnée de points de vue dont le fameux John Ford Point en hommage au génial cinéaste irlandais, est la seule ouverte aux particuliers. Elle ne permet d’en voir qu’une petite partie mais on peut largement s’en contenter. Au passage, les cinéphiles remarqueront vite que Ford a filmé sans tenir compte de la logique topographique privilégiant avant tout l’esthétique picturale pour chacun de ses plans.

Des tours en 4x4 guidés par les navajos permettent d’explorer des sites reculés avec des arches et des vestiges anasazis, auxquels il est impossible et interdit d’accéder seul. Leur point faible est surtout le commentaire non stop. Ils partent du Goulding’s Lodge où descendaient les équipes de tournage. Le petit musée qui occupe l’un des plus vieux bâtiments est bien sympa. C’est ici qu’il faut dormir.

Au coucher du soleil, la balade à cheval permet de se voir dans "La Chevauchée fantastique"... C’est un moment rare et jubilatoire qui vous marque pour longtemps avec le jeu des ombres des buttes, mesas et pitons à l’infini. Ce sera aussi l’occasion de constater que Monument Valley est toujours habitée comme en témoignent les hogans navajos qui ne sont pas là que pour les touristes...

Dormir sur place au Goulding’s, ou au récent View à l’entrée du parc, permet d’être en amont de la foule en démarrant tôt le lendemain matin sans parler du lever et du coucher de soleil imprenables. Sinon, les hébergements les plus proches se trouvent à Kayenta au sud ou Mexican Hat ou Bluff au nord.

Aux environs immédiatement au nord de Monument Valley, la route 261 serpente sur Cedar Mesa. Chaque virage mériterait son arrêt avant l’embranchement pour Goosenecks State Park où l’on vient admirer les méandres parfaits de la San Juan serpentant 300 mètres en contrebas. Dans le lointain au sud, on aperçoit la skyline minérale des caractéristiques mesas de Monument Valley.

En repartant, Muley Point sera sans doute l’un des panoramas les plus stupéfiants de votre voyage. A l’extrême sud de Cedar Mesa, sur la rive droite de la San Juan marquant la limite orientale de Glen Canyon National Recreation Area, toute la réserve Navajo s’étale avec, au sud-ouest loin en contrebas avec les Goosenecks de la San Juan, les buttes de Monument Valley et à l’est, celles de Valley of the Gods, au sud les dents acérées de Comb Ridge, la colonne vertébrale du monde pour les Navajos, Sleeping Ute à l’est au Colorado et Navajo Mountain, l’une des montagnes sacrées délimitant leur territoire à l’ouest.

Dégringolez ensuite la pente du Moki Dugway, une route de graviers alignant de belles épingles à cheveux proposant un dénivelé de 400 mètres en moins de deux miles pour rejoindre Mexican Hat.

14 miles à l’ouest du Goulding's, l’Oljato Trading Post, listé sur le National et le State Registers of Historic Places n’a pas beaucoup changé depuis 1921. La route pour y aller est superbe avec les Monts Henry dans le lointain au nord-ouest et Navajo Mountain, plus proche. On peut aussi y faire des randos à cheval ou partir en expédition dans Navajo Mountain.

Bryce Canyon National Park, Utah

A 2500 mètres d’altitude, Bryce Canyon National Park est l’un des grands chefs d’œuvre de l’Ouest Américain. Davantage qu’un canyon, c’est une suite de cirques naturels comme creusés par une cuillère géante dans le rebord du Paunsaugunt Plateau. Il n’y donc pas une autre rive comme au Grand Canyon par exemple. Flanquée d’amphithéâtres multiples et d’absides secondaires rythmés de colonnades et gradins, sa palette chatoyante évolue du rose au violet suivant la lumière du jour.

Une route panoramique en cul-de-sac de 25 kilomètres permet de multiplier les points de vue tous plus spectaculaires les uns que les autres, certains littéralement à tomber, au sens propre parfois alors attention où vous mettez les pieds... Culminant à 2800 mètres, elle est presque toujours fermée l’hiver alors que le parc est ouvert toute l’année.

Même si son accès à cette saison est donc plus limité, c’est une expérience d’autant plus inoubliable la neige et le givre drapant chaque roche faisant ressortir leurs couleurs flamboyantes. Protection de l’environnement oblige, devant la très importante fréquentation estivale, trois services de navette en bus, vivement conseillés par les autorités du parc pour limiter le trafic, desservent la route du parc du 15 avril au 30 septembre.

D’innombrables sentiers permettent d’explorer le site à pied. La Navajo Loop Trail traversant Silent City et Wall Street, impressionne car elle va donner la véritable échelle du site. De quoi se sentir lilliputien au pied de ses remparts et tourelles au pied desquels les arbres se tordent vers le ciel à la recherche de la lumière. Cette vision intérieure offre ses sensations uniques que l’on ne peut éprouver si l’on se contente des points de vue aménagés le long de la route qui ne donnent qu’une vision assez écrasée. Une petite rando est donc le minimum syndical mais on peut aussi partir toute la journée à condition de s’organiser en emportant son pique nique.

Quand la météo n’est pas favorable, on peut s’occuper au  Paunsaugunt Wildlife Museum. Ouvert en saison, il est réputé pour être l’un des meilleurs musées consacré à la faune aux Etats-Unis. Oiseaux de proie, papillons, insectes et 800 animaux naturalisés installés dans des dioramas cohabitent avec les objets indiens et autres antiquités western habituelles. On peut aussi louer des VTT ou des quads. Si vous aimez prendre de la hauteur, des survols en hélicoptère ou même en biplan permettent de s’offrir Bryce vu du ciel.

Pour se loger, si l’on en a les moyens, rien ne remplace le Bryce Canyon Lodge. En dehors d’être le seul hôtel à l’intérieur du périmètre du parc national posé à une centaine de mètres du précipice, on a le privilège de goûter au charme rustique d’un bâtiment historique datant des années folles construit en pierre et en bois brut en 1924 ayant bien entretenu son chic et son chien. Les meilleures alternatives se trouvent au vaste complexe du Ruby’s Inn dont le lobby agréable, décoré comme un lodge western avec une cheminée en pierre et des trophées d’animaux, masque un peu son aspect de très gros motel puisqu’il comporte 9 ou 10 bâtiments et une cafétéria toujours bondée. Voisin, le Bryce Canyon Grand Hotel est une récente addition assez imposante mais de qualité. Tout ça, si vous réservez très longtemps à l’avance. Sinon, il faudra tenter sa chance dans les  petites localités alentour comme Tropic ou Cannonville voire Panguitch qui a notre préférence comme Butch Cassidy...

A l’ouest, la Highway 12 descend les pentes du Paunsaugunt Plateau via le bien nommé Red Canyon où l’on peut faire de très belles balades à cheval. Orné de colonnades quasiment vermillon au milieu d’une forêt de pins ponderosas, il annonce Bryce Canyon bordant l’autre côté du plateau. L’Arches Trail est un court sentier qui partant du pied du Losee Canyon vous fera admirer quinze arches différentes.

Côté oriental, la descente vers les motels et camping de Tropic, offre d’autres beaux travellings sur les échauguettes gardant le plateau de Bryce dont on peut se rapprocher grâce à d’autres sentiers de randonnée. Si vous êtes agoraphobe, poussez jusqu’aux colonnes de Kodachrome Basin, au sud de Cannonville.

Capitol Reef National Park, Utah

Capitol Reef National Park à l’extrémité nord de la sublime Route 12 n’est pas un parc qui se laisse approcher facilement. La plus grande partie du parc, étiré du nord au sud sur plusieurs centaines de kilomètres, reste inaccessible aux véhicules classiques. C’est notamment le cas de la sublime Cathedral Valley au nord ou la Nautom Road qui descend jusqu’au lac Powell en suivant le Waterpocket Fold et que l’on peut quitter en remontant la Burr Trail jusqu’à Boulder via les épingles à cheveux de la section de Muley Twist. Ces différents secteurs ne sont accessibles qu’en véhicule tout terrain ou en excursions avec chauffeur expérimentés. La Nautom Road est souvent coupée par des washs soudainement en crue du fait des orages en été, alors prudence et patience. Même avec un 4x4, il vous faudra attendre que le niveau des eaux redescende avant d’espérer passer.   

Les pressés se contenteront de la traversée est-ouest dans le secteur où le parc ne fait que deux dizaines de miles de large. La route est surplombée par de hautes falaises rouges aux épaulements assez cyclopéens dominées par une série de dômes blancs dont le plus important a donné son nom au parc. Mais il est quasi impossible à voir depuis la route. Ca vaut toujours le coup de prendre la Scenic Drive qui pénètre un peu vers le sud pour avoir une idée plus complète de la topographie des lieux jusqu’à Capitol Gorge dont l’étroitesse a de quoi inquiéter les claustrophobes. Arpentez la Grand Wash Trail, avec le vent brûlant pour seul témoin, dominé par 250 mètres de remparts signes de Game of Throne jusqu’aux Narrows écartées de quelques mètres seulement. Attention à la brutale montée des eaux en cas d’orage !

De retour sur la route principale, on passe le minuscule hameau mormon fantôme de Fruita dont l’émouvante école à salle de classe unique date de 1896. Classé Historic District, abandonné en 1941, les parcs nationaux ont pris le relais pour entretenir ses incongrus vergers. On y trouve le seul camping aménagé du parc.

Si vous êtes en 4x4 et si la météo n’annonce pas d’orage, vous pouvez passer le gué de la Fremont River pour remonter sur Cathedral Valley, une excursion proposée par des petites compagnies locales avec chauffeur. La piste serpente dans un décor de falaises, de sable et de canyons appelé le Hartnet. Au bout d’une vingtaine de miles, les deux aiguilles du Temple de la Lune et du Temple du Soleil se détachent en avant-postes de la grande muraille du Waterpocket Fold en arrière plan. Une récompense assez magique. Si vous avez le temps, la piste se poursuit au nord offrant de belles vues sur Upper Cathedral Valley en traversant le Last Chance Desert pour atteindre la I-70 et Fremont Junction.

Suivant la route 24 vers l’est, on quitte le majestueux récif de Capitol Reef en suivant la Fremont River, parallèle à la route et scandée par quelques cascades pour parcourir un décor de badlands et de mesas à divers stades d’érosion dont l’énorme et noiraude Factory Butte donne la mesure au nord de la route tout en rappelant en permanence les dessins animés de Bip-Bip et Vil Coyote.

Il n’y a pas d’hébergement dans le parc même en dehors de quelques campings assez primitifs à part  celui de Fruita. Torrey, le village à quelques miles de l’entrée ouest possède plusieurs motels et restaurants dont le Cafe Diablo au bout de ce village-rue planté d’arbres a notre préférence depuis belle lurette.

Zion National Park, Utah

Niché dans le sud-ouest de l’Utah, sur la route entre Las Vegas et Bryce Canyon, Le plus ancien parc de l’Utah est l’un des grands incontournables du sud-ouest américain. C’est encore un parc qui se traverse de part en part très rapidement, mais c’est le long de sa Scenic Drive en cul-de-sac que se trouvent sans doute les sites les plus marquants.

Comparé à Bryce, son voisin, il dégage une impression de brutalité primitive, très loin des sculptures graciles et tout en finesse de Bryce. Autre grande différence, Bryce se découvre d’abord de haut alors qu’à Zion, la route longe le bas du canyon. On peut vite se sentir écrasé par la nature, d’autant que l’on a rarement le temps de grimper vers les sommets. Impressionnés par ce qu’ils nommèrent "la cité céleste de Dieu", les Mormons puisèrent leur inspiration dans la Bible pour déterminer la toponymie de la région...

Si on arrive de l’est, après Mount Carmel Junction on a l’impression que la route vient percuter l’énorme pyramide blanche et striée de carreaux qui lui valent son nom de Checkerboard Mesa. On passe ensuite la formidable Great Arch, encore aveugle  pour au moins quelques centaines d’années sans doute au moment où nous écrivons ces lignes. Arrivez de bonne heure pour trouver une place au tout petit parking de Canyon Overlook juste avant un tunnel.

Après un escalier et  quelques centaines de mètres menant de l’autre côté d’un pan de montagne, la vue imprenable en enfilade sur la vallée verdoyante de la Virgin River en contrebas récompensera vos efforts.  La route descend ensuite grâce à plusieurs épingles à cheveux, offrant de belles perspectives sur le canyon creusé par la Virgin River qui nous semble pourtant bien inoffensive face aux colossales parois rouges et blanches. 

D’avril à octobre, un service gratuit de navette en bus dessert huit arrêts le long de Canyon Scenic Drive sinuant au fond de la gorge de la Virgin sur 25 kilomètres jusqu’à venir buter sur un étroit goulet. A l’inverse de Bryce où la navette est seulement conseillée, ici, la route est carrément interdite aux voitures particulières. Le mieux est de se garer à Springdale car le parking du Visitor Center est souvent saturé. 

La Scenic Drive, à ne pas manquer si on veut vraiment connaître Zion, est donc une voie sans issue dominée par des falaises cyclopéennes d’un seul tenant atteignant parfois les 900 mètres au bout de la route au Temple de Sinawawa ou au Great White Throne dont le hiératisme écrasant est atténué par leurs couleurs tonitruantes. Tout le cours de la Virgin River arrose une jolie oasis dominée de tours imprenables comme celles des Tours de la Virgin ou de la Cour des Patriarches, survolées par les condors de Californie, l’une des 207 espèces d’oiseaux habitant le parc.

Pour mieux l’apprécier, quantités de jolies balades à pied plus ou moins faciles voire très difficiles vous attendent comme Emerald Pools, Weeping Rock – le rocher en larmes - ou Riverside Walk. Mais s’il n’y en avait qu’une à choisir, c’est celle des fameux Narrows où le lit de la rivière se resserre au point de pouvoir quasiment toucher les falaises des deux rives en écartant les bras ! En été, c’est une formidable balade s’apparentant au canyoning.

Ponctuée de grottes, jardins suspendus, sources et murailles interminables, on se doit de la faire avec précaution car on marche dans le lit de la rivière 60% du temps. C’est donc la rivière le chemin et vice versa ! Il faut donc parfois faire trempette voire nager. Il faut se méfier du froid et des crues subites et violentes. En cas d’orage même très lointain, la montée des eaux peut être très violente. Il faut bien sûr s’équiper en conséquence et se renseigner auprès des Rangers. Les très bons marcheurs pourront poursuivre sur plusieurs jours pour remonter jusqu’à la section de Kolob Canyon.

Autant le secteur de la Scenic Drive est bondé l’été, il n’y a quasiment personne dans le secteur de Kolob Canyon. 42 miles plus au nord, une vingtaine de miles au nord de Saint George et au sud de Cedar City qui offrent des possibilités d’hébergement si l’on n’est pas campeur, il n’a été rattaché à Zion National Park qu’en 1956. Parcouru par une route de cinq miles, plus élevé, il est peut-être un peu moins spectaculaire que le canyon de la Virgin. Il dégage néanmoins une extrême impression de solitude amplifiée par la marche, seul moyen d’en apprécier les beautés cachées comme la Kolob Arch, le sentier de sept miles passant plusieurs étroits canyons tapissés de poussière rouge entaillant le Markagunt Plateau. Certains disent que c’est la plus longue du monde, d’autres prétendent que c’est Landscape Arch à Arches National Park.

Idéalement, le mieux est d’avoir réservé une place de camping car, même quand on est bon marcheur, il n’est pas évident de se faire en une journée 22 kilomètres assortis de plus de 200 mètres de dénivelé. Si vous n’avez pas le temps, contentez-vous de la Timber Creek Overlook offrant une belle vue sur le désert mais vous ne ressentirez pas aussi fort, l’impression de faire corps avec la  nature.  

Côté hébergement, Springdale, à l’entrée ouest, avec ses divers motels et B&B, est sans doute la meilleure option. Dans le parc, en dehors de trois campings, le choix se limite à l’historique autant que rustique et charmant Zion Lodge dont les origines remontent aux années folles et dont la table illustre la grande tradition hospitalière des lodges d’autrefois. A Kolob, il n’y a que du camping rudimentaire.

A Rockville proche de la sortie ouest du parc juste à l’ouest de Springdale, tournez en direction du sud jusqu’à Grafton, une jolie et très photogénique ville fantôme. Chaque tombe de son émouvant petit cimetière est une page de son livre d’histoire.

Lake Powell, Arizona - Utah

Gigantesque autant qu’incongrue piscine en plein désert, désert minéral autant qu’aquatique au coeur du Plateau du Colorado, le lac Powell protégé par sa désignation de National Recreation Area dépendant des parcs nationaux, est l’occasion d’une halte balnéaire très originale. Avec ses falaises rouge ou crème formant une belle tranche napolitaine délimitée par le bleu du ciel et le bleu de ses eaux, le lac Powell respire en effet une étrangeté dont Franklin Shaffner s’est bien servi pour le début de "la Planète des Singes", le premier de la série avec Charlton Heston. Mais rassurez-vous, les baignades y sont plus tranquilles...

Son immensité s’étirant sur 300 kilomètres est due au barrage construit en 1964 sur Colorado en amont du Grand Canyon qui noya le sublime Glen Canyon, un autre Grand Canyon à l’époque, à la grande fureur des écologistes, déjà. Rainbow Bridge, le plus haut pont naturel au monde et lieu sacré des navajos est sans doute son site le plus célèbre. Exploré par les Blancs en 1909 seulement passés sur le versant nord de Navajo Mountain, il a été classé Monument National l’année suivante sous Teddy Roosevelt. Avec ses presque 100 mètres de haut pour 100 mètres de large environ, ce pont naturel est donné pour le plus grand au monde. Indiens, conquistadors, émigrants, Mormons, hors-la-loi ont laissé leur empreinte tout au long de ses 3000 kilomètres de rives. 

Ses accès routiers étant quasiment inexistants, n’étant longé par aucune route et ses abords autour de Page n’étant pas vraiment remarquables, rien ne remplace le bateau pour apprécier totalement le dédale de ses multiples canyons, à condition d’avoir réservé longtemps à l’avance. Si vous n’avez qu’une journée, prenez un motorboat, canot automobile loué en général avec des skis nautiques. Si vous préférez vous laisser conduire, offrez-vous l’excursion en vedette touristique au départ du Lake Powell Resort, jusqu’au colossal Rainbow Bridge.

Si vous avez plusieurs jours et le budget correspondant, offrez-vous un houseboat. En famille ou entre copains, c’est le nec plus ultra idéal pour explorer le lac de l’intérieur. On n’a même pas besoin du permis bateau ! Astuce : les houseboats se louent au départ de la marina du Lake Powell Resort mais aussi à celle de Bullfrog au coeur du lac.

De Page, ne manquez pas l’excursion à Antelope Canyon, l’un des parcs gérés par la nation Navajo et assurément, l’une des plus belles cartes postales de la région.

Le plus Comptoir des Voyages

Passer des nuits en lodge à côté du parc de Zion. 

Nous on adore

Bryce Canyon à toute heure, toute saison, sous le soleil et sous la neige.

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