A bouquiner, visionner...

22/11/2014

AU CINEMA

L’Ouest américain sans western ne serait pas ce qu’il est ! Même si le premier western a été tourné dans l’est, Hollywood a popularisé les premiers films de cow-boys en racontant la conquête de l’Ouest à sa manière, constamment revisitée selon l’époque. Même s’il ne fut pas le premier à sortir des décors de studios pour tourner en extérieurs, les westerns de John Ford sont incontournables. Nul doute que vous aurez une impression de déjà vu lors de votre prochain voyage.

Monument Valley est devenue une vedette de cinéma en soi. Aujourd’hui mise à toutes les sauces, utilisée à outrance y compris pour la pub, les clips ou les jeux vidéo, elle apparut d’abord dans le muet La race qui meurt (The Vanishing American) de 1925. Dès 1939 avec La Chevauchée Fantastique (Stagecoach), premier des films que Ford tourna dans la vallée, elle devint instantanément le décor emblématique de l’Ouest. En hommage, les Navajos ont même appelé l’un des sites le "John Ford's Point". Clint Eastwood ira même jusqu’à escalader Totem Pole dans La Sanction (Eiger Sanction). C’est interdit depuis… On la verra même dans Retour vers le Futur III, Forest Gump y fera son jogging sur la US163 encadré par les monolithes et suivi pas ses fans et Tom Cruise y fera de la varappe dans Mission Impossible II

Quand vous y serez, vous remarquerez vite que John Ford a construit ses films en fonction de l’effet esthétique sans tenir le moindre compte de logique topographique. Il utilisa également souvent Professor’s Valley juste au nord-est de Moab en Utah. La spectaculaire poursuite de la diligence de La Chevauchée a été tournée sur un lac asséché du côté de Victorville en Californie.

Le second site majeur qui vit quantités de tournages est celui des Alabama Hills sur le versant oriental de la Sierra Nevada au pied du Mont Whitney.

Citons aussi Oak Creek Canyon encadré par les buttes de Sedona vus notamment dans La Flèche Brisée (1950) l’un des premiers westerns dits pro indiens.

Cernés par les cactus saguaros, Old Tucson Studios fut le cadre de quantités de westerns depuis 1939. Sa topographie est aisément reconnaissable d’un film à l’autre. Les Rocheuses et les Grandes Plaines servirent aussi beaucoup la légende du western de La Captive aux Yeux Clairs (dont le titre original Big Sky est le surnom du Montana) ou L’Homme des Vallées Perdues (Shane) ayant pour toile de fond Grand Teton National Park, en passant par Le Convoi Sauvage ((Man in the Wilderness), l’épopée quasi métaphysique de Richard Sarafian et la série des Un Homme Nommé Cheval.

Le western, "cinéma par excellence", nous dit tout de l’Amérique, de sa naïveté originelle à la désillusion contemporaine d’un pays vivant dans la mystification. Il n’y a qu’à voir au fil du temps le traitement cinématographique exponentiel du fameux Règlement de Compte à OK Corral qui a fait la fortune touristique de Tombstone, normalement promise à l’abandon et l’oubli propres aux si photogéniques villes fantômes.

L’Homme qui tua Liberty Valance toujours de John Ford concluant par la fameuse maxime désabusée "Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende" annonçait une nouvelle époque. Les critiques iront même à parler de western crépusculaire. Le héros est devenu un antihéros errant dans un monde où il ne trouve plus sa place.

Le genre western, devenu moribond avec l’avènement du western spaghetti et la violence nihiliste mais brillante de Sam Peckinpah, est utilisé pour évoquer la Guerre du Vietnam avec Soldat Bleu ou le génial Little Big Man. Il produit tout de même quelques pépites comme l’écolo brut de sauvagerie Jeremiah Johnson qui influencera Robert Redford dans sa création du Sundance Institute bien avant qu’il ne devienne metteur en scène lui-même, réalisant Milagro au Nouveau Mexique puis deux de ses films les plus élégiaques au Montana, L’Homme qui Murmurait à l’Oreille des Chevaux à Et Au Milieu Coule une Rivière.

Prodigieuse fresque intimiste digne d’un roman russe, La Porte du Paradis de Michael Cimino est le récit tiré d’une histoire vraie de la guerre menée en 1890 au Wyoming par les barons du bétail, aristocrates capitalistes de la Prairie, contre les petits éleveurs nouveaux venus d’Europe Centrale chercher leur Terre Promise.

Si Kevin Costner a ravivé le genre avec Danse avec les loups en 1989 tourné au Dakota du Sud, il inspire toujours les cinéastes comme le démontrent le récent La Dernière Piste ou l’allemand Gold tourné au Canada par Thomas Arslan qui se déroule lors de la ruée vers l’or (au Klondike), un thème magistralement traité déjà et dans un tout autre style par Charlie Chaplin.

Notre regard sur les cow-boys sera définitivement changé avec Le Secret de Brokeback Mountain, tiré d’une nouvelle d’Annie Proulx, tourné en grande partie en Alberta, comme bon nombre d’autres films américains pour des questions budgétaires... Le monde indien contemporain a été rarement traité, et avec plus ou moins de bonheur qui plus, est comme dans Cœur de Tonnerre (Thunderheart) filmé sur la Réserve de Pine Ridge, à Wounded Knee et Badlands National Park, ou The Sunchaser de Michael Cimino, bouillie mystique New Age que l’on cite par charité pour cet immense metteur en scène mais qui bénéficiait de plusieurs sites magiques autour de Jerome, Moab, Ouray et Sedona.

Les grands espaces de l’Ouest ne sont pas utilisés que dans les westerns, ou les films contemporains comme Thelma et Louise (tourné dans les alentours de de Moab et Bakersfield). Ils sont aussi la toile de fond de films de science-fiction ou d’anticipation comme La Planète des Singes ou Charlton Heston atterrit au Lac Powell ou 2001, L’Odyssée de l’Espace, dont la fin a été tournée à Point Dume State Beach, l’une des plages de Malibu, avec encore Monument Valley ou Rencontres du Troisième Type où Steven Spielberg avait fait jouer François Truffaut au pied de Devil’s Tower au Wyoming.

Ils peuvent même servir à transmettre un message comme dans Zabriskie Point où le grand Antonioni utilisait Death Valley comme cadre final de la société de consommation allant même jusqu’à donner à son film le nom de l’un des sites de la vallée. Nous avons été moins convaincu par Twentynine Palms de notre chti Bruno Dumont tourné dans la région de Joshua Tree et le désert de Mojave.

Alfred Hitchock fera de San Francisco et de sa région le cadre de plusieurs de ses chefs d’œuvre comme Vertigo (Sueurs Froides) et The Birds (Les Oiseaux) tourné autour de Bogeda Bay. La Mort aux Trousses s’achevait en beauté au Mont Rushmore. Il réussira à faire d’un humble motel des environs de Phoenix, un lieu d’horreur absolu avec Psychose (Psycho). De Bullit à Basic Instinct en passant par Ultime Razzia (The Killing) avec sa scène de hold-up d’anthologie tournée à l’hippodrome de Bay Meadows à San Mateo, à la série de L’inspecteur Harry incarné par Clint Eastwood ou Hammett, hommage de Wim Wenders au film noir d’autrefois, San Francisco n’en finit pas de nous faire admirer sa topographie exceptionnelle, une encyclopédie cinématographique en soi.

Mention spéciale à Alcatraz avec entre autres, Le Point de non-retour (Point blank), Le Prisonnier d'Alcatraz (Birdman of Alcatraz), L’évadé d’Alcatraz (Escape from Alcatraz), The Rock

Marquée elle aussi par le film noir, du Grand Sommeil à Chinatown, en passant par le sec comme un coup de matraque Police fédérale Los Angeles, Colours, le coup de maître de Dennis Hopper, Collateral ou Heat, Los Angeles se nourrit à la source même de "la machine à rêves" de Boulevard du Crépuscule aux Ensorcelés en passant par The Player. On peut y ajouter le fascinant Mulholland Drive et l’entraînant Good Morning, Babylon des frères Taviani narrant les débuts de Hollywood.

Si les frères Coen réussiront à transgresser les codes du film noir dans leur drôlatique The Big Lebowski, genre de Grand Sommeil sous acide, les films de Quentin Tarantino, comme ses brillantissimes Pulp Fiction ou Jackie Brown, s’inspirent carrément de la BD pour offrir une vision azimutée de Los Angeles.

La Californie est le cadre traditionnel, d’une belle collection semblant intarissable de comédies, de blockbusters avec ou sans super héros. Si les plages de la spectaculaire côte du Pacifique ont parfois des aspects inquiétants dans par exemple Point Break de Kathryn Bigelow, la vogue du film catastrophe va s’en prendre régulièrement à L.A. jouant sur le fantasme du Big One ou pas, comme La Tour Infernale ou Tremblement de Terre, Un tueur dans la foule (Two-Minute Warning) annonçant un terrorisme aveugle mettant la panique au Los Angeles Memorial Coliseum ou Volcano.

Il arrive aussi que le film noir se déroule à la cambrousse ou dans un cadre édénique comme La Grande Evasion (High Sierra) qui, en se terminant dans les à pics virginaux de la Sierra Nevada, relança définitivement la carrière de Humphrey Bogart. Dans le même esprit, La Griffe du Passé (Out of the Past) où un Robert Mitchum étonnement sobre (dans tous les sens du mot…) passe de San Francisco au Lac Tahoe et même à Bridgeport à l’est de la Sierra Nevada.

Le désert porte souvent la marque de la fatalité comme No Country For Old Man (décidément les frères Coen…) tourné au Nouveau Mexique et au Texas ou Sables mortels (White Sands) tourné justement dans les dunes de gypse de White Sands National Monument au sud du Nouveau Mexique. Il arrive même aussi que la superbe nature du Grand Désert Américain soit hostile avec le Yellowstone (entre autres) qui explose dans 2012, ou le plus sobre mais haletant 127 Heures, finalement aussi terrifiant tourné aux environs de Canyonlands National Park, autant de prétextes pour que le homo americanus puisse se surpasser dans l’adversité...

Depuis, la fin des années 1960, le regard du cinéma d’auteur (un concept en réalité inconnu du système hollywoodien classique) devient critique, parfois désabusé, mettant en cause la société, illustré autant par les cow-boys attrapant des chevaux sauvages pour la boucherie dans les Misfits que Le Lauréat devenu culte instantanément pour toute une génération post soixante-huitarde s’étant identifiée au tout jeune Dustin Hoffman, ou par Easy Rider, prototype nouvelle vague du road movie, un genre en soi dont l’un des plus bels exemples reste L’Epouvantail (The Scarecrow) où faisait merveille le duo Al Pacino – Gene Hackman.

Shortcuts, l’un des nombreux chefs d’œuvre de Robert Altman dressait le portrait d’Angelenos souvent déboussolés dans une ville où règne l’incommunicabilité. Les froids constats de Gus Van Sant utilisent souvent Portland comme décor (Elephant, Paranoïd Park) et n’oublions pas son magistral Harvey Milk (San Francisco encore) ou les films très controversés de Larry Clark (dont Marfa Girl se déroule au fin fond du Texas dans le cadre même où James Dean avait tourné Geant son dernier film).

Pour s’aérer les méninges, on pourra tout de même revoir les plus souriants Little Miss Sunshine, Nuits Blanches à Seattle ou Sauvez Willy deux parmi les nombreux films tous publics tournés aussi dans le nord-ouest Pacifique utilisé nettement moins fréquemment au cinéma.

Las Vegas est depuis longtemps une autre mine d’or pour les cinéastes avec la série des Ocean’s dont l’original avec l’équipe du Rat Pack fait désormais un peu pâle figure depuis que Georges Clooney et Brad Pitt s’en sont emparés. Mais il permet au moins de voir à quoi ressemblait Las Vegas avant sa mondialisation tout comme Le Zinzin d’Hollywood si vous supportez les pitreries de Jerry Lewis ou Viva Las Vegas, l’un des films qui fit d’Elvis Presley une star du grand écran… Nicholas Cage allait y jouer deux de ses meilleurs films, Leaving Las Vegas et surtout le flamboyant Sailor et Lula (Wild at Heart) de David Lynch. Mais le meilleur film sur Sin City est sans doute Casino, l’un des meilleurs Scorsese.

Et chauvin comme nous sommes, nous ne résistons pas à conclure avec The Artist, formidable balade dans le monde du cinéma muet tourné dans le Los Angeles du temps jadis par Michel Hazanavicius et qui connut le succès que l’on sait.

ET A LA TELE

Soumis au diktat des financiers, les grands studios hollywoodiens ont désormais du mal à conserver leur leadership moral et intellectuel, concurrencé par le cinéma indépendant mis en valeur dans de nombreux festivals.

Si l’on doit chercher la relève, elle semble venir paradoxalement des séries produites pour la télévision, longtemps considérée comme l’ennemi juré du cinéma.

Un ton amer et cynique imprègne d’ailleurs souvent les séries télé contemporaines majeures dont le premier chef d’œuvre fut Twin Peaks se déroulant dans les forêts arrosées de cascades de l’état de Washington. Breaking Bad a pour cadre la banlieue et le désert anonymes d’Albuquerque. The Shield ou Californication mais aussi Six Feet Under, Desperate Housewives, Southland, 24 Heures Chrono, sont toutes situées dans l’agglomération hydresque de Los Angeles.

Longmire se déroule dans les Rocheuses. Mais toutes possède la noirceur du polar ou du thriller, démontrant tout autant la puissance de renouvellement des scénaristes que celle du système de production.

Côté western, bien loin des séries proprettes, mais parfois intéressantes, des années soixante permirent à nombre de futurs grands metteurs en scène du Nouvel Hollywood de se faire les dents comme Au Nom de la Loi qui fit connaître Steve Mac Queen, Rawhide qui fit de même pour Clint Eastwood ou l’increvable Bonanza, plutôt destinées au public familial (et on ne vous parle pas de Rintintin…). Hormis les spécialistes des séries, peu connaissent Gunsmoke (Police des Plaines). Ce fut la plus longue série télé de l’histoire avec 635 épisodes tournés en vingt ans ! Mentionnons la beaucoup plus récente Deadwood, traitée dans un style brutal presque documentaire et bien actuel racontant la ruée vers l’or des Black Hills ou Hell on Wheels consacrée à la construction du chemin de fer.

DANS LES ROMANS

En littérature, on retrouve les mêmes grands courants et sources d’inspiration, très souvent découverts par le grand public grâce à leurs très nombreuses adaptations cinématographiques d’ailleurs.

La nature grandiose imprégnée d’une sauvage poésie, ou l’urbanité, tout aussi dangereuse et dont la violence latente est souvent exacerbée dans le roman noir. Après le journal de voyage des explorateurs Lewis et Clark et les romans de Washington Irving relatant les exploits des compagnies de fourrure ou de l’explorateur d’origine française Bonneville, l’inévitable Mark Twain fit beaucoup pour la promotion de l’Ouest, et à sa suite, les dime novels (chez nous, les romans de quatre sous), ancêtres de la bande dessinée s’inspirant des aventures de Kit Carson ou Buffalo Bill.

Les romans western, en dehors de quelques exceptions, n’ont pas forcément laissé de traces notables (voir la collection Actes Sud parrainée par Bertrand Tavernier), en dehors des précurseur Owen Wister (Le Virginien) et Zane Grey ou du prolifique Louis L’Amour. Ils ont en revanche trouvé une nouvelle jeunesse grâce à leurs adaptations hollywoodiennes.

Le roman noir a trouvé dans l’Ouest, pas toujours urbain, une terre de prédilection avec les maîtres Hammett et Chandler suivis par Jim Thompson et l’exceptionnel souffle de James Ellroy, avec LA Confidential et Le Dahlia Noir,  les plus classiques Connelly, Craig Johnson ou Chuck Jones ces deux derniers inspirés par les grands espaces des Rocheuses.

Dans de tout autres styles et moins marqués par une appartenance à un genre, citons pèle mêle le Prix Nobel John Steinbeck pour Les Raisins de la Colère qui valut à John Ford l’un de ses grands films sans que ce soit un western, le sulfureux Henry Miller, Jack Kerouac et la génération beatnick et hippie, John Fante, plus récemment Jim Harrison, Tom McGuane, James Crumley et les écrivains de l’école de Missoula au Montana, Cormac Mc Carthy pour la puissance de Méridiens de Sang, Richard Ford (formidable Canada), Laura Ingalls Wilder (La Petite Maison dans la Prairie qui vaut bien mieux que l’insipide série télé…), Willa Cather, James Frey et son étonnant L.A. Story où la ville apparaît comme le puissant dissolvant de tous les rêves américains, un thème omniprésent abordé par beaucoup d’autres, fascinés par le désenchantement. Brady Udall nous raconte avec une verve truculente la vie chez les Mormons de l’Utah avec Le Polygame Solitaire.

Envie de nord-ouest et même d’Alaska ? La neige tombait sur les cèdres de David Guterson originaire de Seattle se déroulant dans le Puget Sound et l’enfiévré Sukkwan Island de David Vann, qui rappelle l’hypnotique Into The Wild adapté par Sean Penn au cinéma. En revanche, on peut s’abstenir de voir leurs bien plates adaptations cinématographiques. Et puis, il y a l’immense Jack London.

Mentionnons aussi quelques uns de nos Frenchies "fous d’Amérique" comme, à tout seigneur tout honneur) Yves Berger (La pierre et le saguaro) et, Philippe Labro (Un été dans l'Ouest), Michel Le Bris avec son épopée sur les Français de la Ruée vers l’Or qui iront se perdre jusqu’au Mexique, Les Flibustiers de la Sonore, Marc Dugain et son exceptionnel Avenue des géants, Eric Vuillard fasciné lui aussi par Buffalo Bill dans le minuscule mais prenant Tristesse de la terre et l’incontournable Blaise Cendrars, racontant ses souvenirs dans Hollywood - La Mecque du Cinéma dès 1936.

Le chantre de la littérature indienne est Scott Momaday qui reçut en 1969 le Prix Pulitzer pour La Maison Blanche. Citons aussi James Welch, né d’un père Pied-Noir et d’une mère Gros-Ventre, dont l’un des romans A la Grâce de Marseille mettait en scène le Wild West Show de Buffalo Bill en France.

A travers ses polars typés autant qu’haletants, Tony Hillerman dresse le portrait de la communauté navajo contemporaine, tandis que Louise Erdrich ou David Treuer s’inspirent de leurs origines Ojibwa des Grands Lacs pour leurs romans. Du côté des essais ou des documents, Enterre mon cœur à Wounded Knee de Dee Brown raconte l’histoire indienne à travers la litanie des massacres. Il fit l’effet d’une bombe à sa sortie en 1970. A lire en parallèle, Pieds nus sur la terre sacrée, un recueil de textes indiens de Teresa Carolyn McLuhan. Pour son énergie à décrire un monde en train de disparaître, quasiment au tout début des préoccupations écologistes, il est indispensable de lire Désert Solitaire, ode à la nature enfiévrée du singulier Edward Abbey, alors Ranger saisonnier à Arches National Monument. On peut en rapprocher Indian Creek : Un hiver au cœur des Rocheuses de Pete Fromm. Traité en roman, Certaines n'avaient jamais vu la mer de Julie Otsuka est consacré au douloureux destin des Nippo Américains internés au début de la Seconde Guerre Mondiale.

ET LA MUSIQUE

Tout comme pour le cinéma, la musique doit beaucoup à l’énorme créativité et productivité de la côte ouest, à la Californie et à Los Angeles en particulier.

Si vous n’êtes pas spécialiste de la musique dite classique, vous ignorez sans doute que Puccini a composé un opéra western, La Fille du Far-West (La Fanciulla del West), se déroulant en Californie au temps de la ruée vers l’or. Sa création en 1910 donne une petite idée de l’impact de l’ouest dans l’imaginaire européen. Il avait été précédé par Dvorak qui lors de son séjour à New York en 1893 crée La Symphonie du Nouveau Monde inspiré par les thèmes indiens et Le Chant de Hiawatha du poète Longfellow.

Les chansons de cow-boys, de prospecteurs ou d’ouvriers du chemin de fer, souvent héritées du folklore européen, sont les premiers exemples de musique de l’Ouest américain, à l’origine dérivée des folklores anglo-celtes. Ils seront popularisés par les émissions de radio et les disques de chanteurs-acteurs comme Gene Autry et Roy Rogers dans les années 1930-1950. La musique country qui n’est pas du tout originaire de l’ouest, y est très populaire, comme en témoigne l’école de Bakersfield avec l’immense Merle Haggard. Elle n’en finit pas de se ramifier influencée par la présence latino n’est-ce pas Calexico ?!

Dans les années 1960-1970, le rock et la pop ont connu une période exceptionnelle avec une pléthore d’artistes géniaux marqués par les révoltes étudiantes et le bourbier de la Guerre du Vietnam, partant de mélodies country folk allaient créer le son estampillé côte ouest aboutissant aux groupes psychédéliques dans les années soixante avec les Beach Boys, Paul Revere & the Raiders (originaire de Boise, la capitale de l’Idaho), The Monkees, The Byrds, Les Mamas et les Papas, The Doors, Jefferson Airplane, Grateful Dead, Quicksilver Messenger Service, Buffalo Springfield, Country Joe and the Fish, Captain Beefheart, Janis Joplin, Jimi Hendrix (né à Seattle), Canned Heat, Carlos Santana, Les Eagles, Poco, Sly and the Family Stone, Fleetwood Mac, Les Flying Burrito Brothers avec l’extraordinaire Gram Parsons à qui Joshua Tree National Park doit une publicité inattendue, Crosby, Stills, Nash & Young, Creedence Clearwater Revival dont les membres sont tous originaires de El Cerrito, une banlieue de San Francisco et dont le chanteur John Fogerty poursuivra une brillante carrière solo, le Nitty Gritty Dirt Band, les chanteurs Sonny and Cher qui commirent quelques scies du hit-parade dans les années 1960, les plus folkeux Jackson Browne et Joni Mitchell.

Pour se rendre compte de l’impact de la musique pop à l’époque, il faut voir Gimme Shelter, le documentaire couvrant la tournée des Rolling Stones passant par le funeste concert d’Altamont ainsi que Monterey Pop réalisé par le grand documentariste D. A. Pennebaker sur le festival pop de Monterey où Otis Redding et Les Who côtoient une bonne partie de la crème de la crème californienne.

Frank Zappa et ses Mothers of Invention, se partageant entre New York et sa maison de Laurel Canyon, a eu un parcours unique aux confins du free jazz.

Les décennies suivantes bien que prolifiques avec l’émergence du punk, du harcore, du new wave et autre glam rock puis l’arrivée du hip hop et du rock indie sans oublier le nu métal dans les années 1980-90 n’auront sans doute jamais la même aura mondiale que Nirvana qui fit beaucoup pour la réputation punk rock grunge de Seattle (Kurt Cobain et Krist Novoselic se sont rencontrés à Aberdeen, petit port au fond de la baie de Gray’s Harbor où le premier est né) avec à leur suite les Foo Fighters, fondé par leur ancien batteur.

Le genre déteindra sur tout le nord-ouest urbain avec comme autre plaque tournante de musique indie, Portland, avec par exemple l’émergence de The Decemberists, Gossip, ou The Dandy Warhols mais aussi Vancouver au Canada.

Il faut tout de même citer pour leurs origines ou parcours dans l’ouest, quelques méga groupes comme Metallica, fondé en 1981 à Los Angeles et créateur du Trash Metal, Guns and Roses, Green Day, les Maroon Five.

D’autres courants musicaux font vibrer le cœur des Américains. Les compositions de Carlos Nakai, Robert Mirabal ou Pura Fe intègrent des sonorités rock aux mélodies indiennes inspiratrices du blues originel. Ben Harper a bien utilisé ce filon.

Perpétuant la tradition surf remise aux goûts du jour, le groupe Allah-Las produit un attractif cocktail de rock garage West Coast, percussions latines et folk électrique avec des textes bien ancrés sur Los Angeles. Pour entendre les nouveaux talents, rendez-vous à Silver Lake. Entre Los Angeles et Hollywood, cette banlieue autrefois fréquentée par Tom Mix à qui a succédé Ryan Gosling, est devenue le centre hyper actif de la scène rock indie et alternatif.

Métissage de folk et de hip-hop, le groupe Why ? fondé en 2004 à Berkeley a sa base actuelle à Oakland, deux autres pépinières de talents. 

Le plus Comptoir des Voyages

NOTRE PLAYLIST OUEST AMERICAIN ! 

  • L’album Earth Spirit de Carlos Nakai
  • The Dance de Robert Mirabal
  • The Very Best Of des Beach Boys
  • L’album Greatest Hits des Doors
  • L’album Joe's Garage de Frank Zappa
  • Walk Away de Ben Harper
  • Stray de Calexico
  • Hotel California des Eagles
  • I Can't Stop Loving You de Ray Charles
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