La Laguna (Tenerife)

13/07/2016

L’organisation de la conquête urbaine des Amériques par les Espagnols a sans doute débuté ici, par la création de la première « cité-territoire » au xvie siècle, œuvre planifiée et pensée comme un projet complet ordonnant l’espace selon l’ordre social entre colons et autochtones. Son plan en damier entourant une place centrale (plaza Adelantado), ses larges rues, l’omniprésence des ordres religieux, l’absence de fortification ont été reproduits sur le Nouveau Continent. Puis, chaque époque a laissé sa marque et son style dans ce lieu de transit pourvu dès 1701 d’une université et siège du pouvoir ecclésiastique. Il demeure de la période historique de nombreux témoins mêlant architecture et urbanisme portugais, castillans et mudéjars. Les palais lagunero reconvertis en centre administratifs ou en musées se visitent (choisir un jour ouvré pour s’y promener) : Casa Salazar (xviie s.), Casa Lercaro (musée d’histoire et d’anthropologie), musée Carbrea Pinto (1506), couvent de Santa Clara (xive s.) et l’on peut observer dans l’église de la Conception (xvie s., tour-clocher du xviie s.) les fonts baptismaux retraçant la conquête de Tenerife ainsi que des plafonds en bois polychromes.

Capitale de l’île jusqu’en 1833, la ville est encore le foyer de la vie intellectuelle de Tenerife, Santa Cruz en étant le moteur économique. Elle abrite la Fondation Cristino de Vera consacrée aux arts contemporains et quelques galeries de qualité (Conca, Stunt, Artizar). La jeunesse de la population insuffle une énergie singulière au centre historique vivant et cosmopolite, éloigné des clichés d’une ville-musée. Cette vie se ressent particulièrement au marché San Pablo, caché derrière une maison ancienne.

Rendez-vous incontournable : le tapeo est à vivre comme un rite d’initiation à la culture locale. Il suffit de se promener en soirée et de picorer des tapas de bar en bar en étanchant sa soif avec une bière locale. Point de dîner mais de nombreuses rencontres d’une franche cordialité.

Contrairement aux villes du littoral, La Laguna est souvent baignée par les brumes descendues des sommets de Las Mercedes. Il s’en dégage alors une nostalgie particulière qu’un ciel bleu balaie quelques heures plus tard.

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