Le Caire vu par un Cairote

Posté le 7 juin 2018 par Isabelle
Trevor Naylor est le directeur marketing et commercial des prestigieuses presses universitaires de la faculté américaine du Caire (AUC Press). Il est aussi l’auteur du livre Cairo Inside Out, sorti en 2017, et a accepté de répondre à quelques questions sur les coulisses de la fabrication de son livre consacré au Caire.

Une invitation à la contemplation

Trevor a réalisé l’ouvrage en binôme avec la photographe Doriana Dimitrova. Leur travail donne à voir un visage peu policé de la ville, loin des cartes postales des Pyramides, qui ne disent rien de son cœur battant, de son charme poussiéreux, de sa rudesse. Cette invitation à la contemplation de deux amoureux de la ville renvoie aussi à un Caire méconnu, étonnamment calme. Ce sont les levers de soleil sur le Nil que seuls connaissent les amateurs d’aviron. Les fins d’après-midi pourpres à l’ombre de la végétation qui donne au Sofitel de Zamalek, sur sa presque île, des airs d’Assouan. Ce sont aussi les grands halls frais des immeubles Art Nouveau du centre-ville.

L'interview

Depuis combien de temps résidez-vous au Caire ?
J’ai d’abord vécu au Caire de 1987 à 1990 et cette période a déterminé la relation que j’entretiens avec cette ville. J’ai fait de nombreux séjours au Caire entre 1990 et 2009, puis j’y ai déménagé, avec ma famille cette fois, et je vis au Caire depuis bientôt huit ans.
Quel volume de travail a nécessité la réalisation de ce livre ?
L’idée du livre m’est venue il y a des années, mais une fois que j’ai rencontré la photographe, il s’est écoulé deux ans entre la première photo prise, et la sortie du livre.
Comment décririez-vous le Caire à quelqu’un qui ne l’a jamais visité ?
Si vous y allez l’esprit ouvert et que vous êtes prêt à vous en remettre à l’esprit généreux de la ville, alors le Caire vous enveloppera comme un géant amical.
Le livre décrit de façon saisissante les humeurs changeantes du Caire. Comment avez-vous procédé pour restituer ce trait unique de la capitale ?
La lumière et l’ombre ont été le terreau pour le travail de photographie mais aussi d’écriture de ce livre. Notre idée consistait à vouloir décrire la ville depuis des lieux plus calmes, des lieux historiques, mais aussi plus authentiques, des lieux auxquels une majorité de touristes n’a pas accès. C’est la démonstration que les grandes villes de ce monde sont en réalité constituées de petits îlots de paix, et de plaisir. C’est en tout cas ce que mes séjours dans la région et en Asie m’ont enseigné.
Vous écrivez dans l’introduction que « Toucher du doigt l’âme du Caire est une expérience qui se vit en intérieur ». Qu’est-ce que vous voulez dire par là ?
La rue au Caire est une cacophonie indescriptible. C’est excitant, et ça peut être amusant, bien sûr, mais pour développer une connexion plus profonde avec la ville, il faut un minimum de paix intérieure, pour contempler la ville à l’abri, soit dans la solitude, soit en compagnie d’amis.
Si vous deviez ne choisir qu’un lieu intérieur et un lieu extérieur à retenir au Caire, lesquels choisiriez vous, et pourquoi ?
Dehors, je choisirais la felouque ou l’aviron. Sinon c’est à l’hôtel Windsor que je suis le plus heureux, ou encore à la mosquée Ibn Tulun.
© Photo principale et photos de l'article : Doriana Dimitrova
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