Ricardo, spécialiste du voyage accessible au Brésil

Posté le 17 juillet 2018 par Caroline
Marie-Odile pendant son voyage à Bonito dans le Mato Grosso © Éric Garault
Marie-Odile pendant son voyage à Bonito dans le Mato Grosso © Éric Garault
Le Brésilien Ricardo est un passionné de voyage. En 2001, un accident le prive de ses jambes. Il ne cesse pas pour autant de parcourir le monde, mais le fait désormais en fauteuil roulant. C'est alors qu'il se rend compte que le Brésil manque de spécialistes du voyage accessible. Ricardo entame donc des études de tourisme puis ouvre sa propre agence. C'est aujourd'hui l'un des spécialistes du voyage accessible au Brésil. Rencontre.

Quel a été l'impact des grands événements sportifs sur l’accessibilité à Rio ?

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Ricardo
En 2007, Rio a accueilli les quinzièmes jeux Panaméricains. En matière d'accessibilité, ça a été une catastrophe. Aucune infrastructure n'avait été prévue. Personne n'avait été formé à l'accueil et à l'accompagnement des personnes en fauteuil roulant.
Les manquements de 2007 ont servi de leçon. En 2014, pendant la Coupe du Monde de football, les stades et les transports publics en direction du stade ont été adaptés. Pour les jeux Olympiques de 2016, on a recruté des personnes sensibilisées à l'accessibilité. Leur mission était d’évaluer les besoins et de cibler les urgences des sportifs et des spectateurs handicapés.
Cependant, les efforts consentis ne l'ont été que durant les événements. Aucune infrastructure n'était conçue pour durer au-delà.

Quelle destination recommanderiez-vous au touriste handicapé ?

Cette question est curieuse. Les personnes pensent que l'accessibilité se résume à un ascenseur et une rampe. Ce n’est pas du tout ça.
Je recommande toujours Bonito dans le Mato Grosso do Sul (n.d.l.r : Bonito, comme son nom l'indique, est une splendide destination avec des parcs, des lacs et des promenades étonnantes). À Bonito, il n'y a aucune infrastructure particulière. Les visites ont lieu au milieu de la nature, où il n'y a ni rampe ni ascenseur. Les guides sont toutefois très bien formés. Cela permet aux handicapés de vivre une expérience incomparable au sein de la nature. Marie-Odile, par exemple, a été très touchée quand elle a découvert Bonito.
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Un personnel formé est un atout précieux pour le voyage accessible. © Éric Garault

Comment percevez-vous le tourisme accessible au Brésil ?

Pour moi, il faut d'abord changer l'approche qu'ont les autorités de l'accessibilité. Il ne s'agit pas seulement d'équiper le Brésil des infrastructures adéquates. Il faut aussi former les professionnels du tourisme et développer le côté service.
Cela dit, on observe des progrès, même si j’aimerais que ces progrès soient plus évidents. 45 millions de personnes sont handicapées au Brésil, mais elles ne représentent qu'une toute petite partie des touristes au Brésil, en majorité étrangers. J'aimerais que le tourisme accessible au Brésil se généralise aussi pour les Brésiliens.

Quelles difficultés rencontre le tourisme accessible ?

Nous avons un problème de formation. Le secteur du tourisme brésilien a besoin d'apprendre plus à propos de l'accessibilité, je m'en suis bien rendu compte pendant mes études.
Heureusement, le Brésil compte de nombreuses agences de voyages étrangères qui comprennent le sujet et facilitent les choses, mais nous avons encore un long chemin à parcourir avec les Brésiliens.

Quelles seront les prochaines étapes de votre travail ?

L’accessibilité n’est pas statique. Il est possible qu’un endroit soit accessible à un handicapé et pas à une autre. Un hôtel peut avoir une rampe, mais ne pas avoir une chaise de douche. Cela sera suffisant donc pour certains, mais pas pour tous. Pour pouvoir recommander quelque chose ici, il faut très bien connaître le marché, les hôtels, les monuments. C’est pour ça que je veux créer un label inspiré du label français « Tourisme et Handicap » au Brésil. C’est un label qui indique en détail la caractéristique de chaque établissement, pour que chacun puisse comprendre si le site sera ou non accessible pour lui.
photo principale : Marie-Odile pendant son voyage à Bonito dans le Mato Grosso © Éric Garault
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